Être à sa place. Habiter sa vie, habiter son corps.
À la croisée de la sociologique et de la philosophie, Claire Marin explore les différentes facettes de la notion de place : celle qu'on nous attribue, celle qu'on quitte, celle à laquelle on aspire... Toutes ces réflexions nous conduisent à la prise de conscience que le déplacement est indissociable de ce questionnement.
"Un déplacement infime peut changer notre vie"
Claire Marin
Très tôt, on nous attribue une place : le rang de naissance dans la famille, le milieu dans lequel on grandit façonnent notre façon d'occuper notre place.
Sous la plume de Claire Marin, on comprend que la place est à la fois un lieu et un rapport au temps, relation à soi et à autrui qui oblige, qui lie. D'ailleurs, ne plus avoir sa place est très inquiétant.
Parfois, pourtant, il advient un moment où l'on ressent la nécessité de "dégager" : se désengager, se libérer de nos gages, n'être plus engagé à occuper cette place.
Trouver sa place, et d'abord la chercher, ne plus tenir en place, se déplacer... sont autant de façons de s'ajuster à ce qui est trop étroit, inconfortable, voire usurpé, volé.
"Mais pour qui se prennent-ils, ces insolents qui ont l'ambition de partir, qui ne savent pas rester à leur place, s'en contenter ?"
Claire Marin
Leur recherche de changement est souvent jugée très négativement par ceux qui restent en place : elle met en lumière la fixité et la répétition du monde.
Les insolents font trembler les institutions, secouent les moeurs, dépoussièrent les placards.
Le thème du transclasse est un exemple caractéristique de changement de place. Anne Ernaux exprime depuis longtemps la souffrance intime que son déplacement lui a fait vivre, entre deux mondes, entre deux places.
Se "dé-raciner" pour se situer "entre" plutôt que "dans" lui a procuré la capacité du regard éloigné cher aux anthropologues.
Le "dé-placement" est un poste d'observation. Il permet de se conjuguer autrement, de décliner à sa façon l'héritage familial, social.
Il arrive que les secrets douloureux du passé nous tombent dessus comme une malédiction et nous figent, nous rappellent à des déterminismes généalogiques. Ils peuvent aussi nous permettre de prendre conscience de ce qui est resté dans l'ombre, éclipsé, et qui nous donne la possibilité de saisir ce qui fait sens à nos yeux : "assumer l'indépendance que les femmes des générations précédentes n'ont pu connaître, oser la carrière artistique à laquelle ma mère a dû renoncer..."