Type d'entrée
Conférence

Réflexions autour de la prise en charge du suicide

Source
Une intervention de Dominique Mordelet, Gestalt thérapeute
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Que faire lorsqu'on perçoit un risque suicidaire ? Pour Dominique Mordelet, Gestalt thérapeute ayant longtemps travaillé sur cette question, "c'est le lien qui préserve du suicide. Et c’est le délitement du lien qui aggrave le risque suicidaire."

Domnique Mordelet est intervenu à Gestalt+ en 2025 dans le cadre de la formation des Gestalt praticiens.
J'ai trouvé son intervention simple et lumineuse pour aborder ce sujet si lourd.

Sa première réflexion, au sujet de "quand faut-il s'inquiéter ?" m'est restée en tête. "Quand il y a un doute, il n'y a pas de doute !" s'exclame-t-il !

Dominique Mordelet souligne fortement l'importance de la post-vention auprès des personnes ayant vécu un suicide dans leur environnement. Il y a en effet un grand risque de contamination des conduites suicidaires car l’idée d'une "solution possible", de prime abord inconcevable, peut s’installer dans les esprits. 

C’est pourtant un « possible » qui devrait être impossible, poursuit Dominique Mordelet. Il faut en parler : ça marche, c’est éprouvé. Le suicide n’est pas un choix, ni un acte de courage. La personne ne souhaite pas forcément mourrir. Elle souhaite d'abord ne plus souffrir. 

Le maintien du lien, c’est ne jamais lâcher la main de la personne. Il est indispensable « d'aller vers », d'aller là où est la personne, car elle ne viendra pas à nous.

Dominique Mordelet souligne enfin : Les polarités responsabilité/culpabilité articulées à la donnée existentielle du sens conduisent souvent à chercher à comprendre ce geste. Or explorer le sens de l’acte est une quête sans réponse dans laquelle il est possible de se perdre. 

Mieux vaut ne pas chercher à se substituer à celui qui s’est suicidé, et aborder le suicide comme une maladie. Une crise suicidaire peut passer, il ne faut pas en douter... même s'il est vrai que toutes les maladies ne se soignent pas. 

 

Quels sont les supports d’évaluation du risque suicidaire ?

On peut se référer à une démarche d'analyse dite RUD (Risques/Urgence/Danger)

  • Risques : facteurs
  • Urgence : crise
  • Danger : qui alerter ? Gendarmerie, police, pompier

Quelques questions à se poser pour objectiver le risque

  • Quels sont les antécédents ? La plupart des tentatives de suicide finissent par réussir !
  • Quels sont les risques de "contamination" ? Certaines régions ont historiquement un fort taux de suicide qui s’explique souvent par une situation socio-démographique et économique : exode rural, perte de la culture et de la langue…
  • Quelle est la situation professionnelle et familiale de la personne ? Y a-t-il la présence de maladies somatiques ou de maladies dites "honteuses" ? Y a-t-il des addictions, de la consommation d'alcool, des troubles alimentaires
  • Quels sont les facteurs d’urgence ? Par exemple, est-ce que la personne exprime une forme de scénario, sa volonté est-elle palpable, identifiable ? Y a -t-il un évènement précipitant ?
  • Quels sont les facteurs de dangerosité ? S'il y a une description par la personne, alors aucun doute ! Si on perçoit une zone d’apaisement alors que la crise dure depuis longtemps : il peut y avoir un doute !