Type d'entrée
Film Livre

The Hours

Source
Un roman de Michael Cunningham et un film de Stephen Daldry
Image
The hours
Crédits

@The Hours, de Stephen Daldry

Stephen Daldry adapte au cinéma le roman éponyme de Michael Cunningham, The Hours. Mrs Dalloway hante ce film magnifique qui se campe dans trois espaces temporels reliés par la littérature et les questions existentielles.

En 1923, Virginia Woolf cherche à terminer son roman autour du destin de cette femme qui est son propre reflet. L'autrice comprend qu'elle doit faire mourir Mrs Dalloway au cours d'une journée particulière pleine de petits gestes mondains. Mais comment ?
En 1951, le petit Richie âgé de 5 ans sait intuitivement que sa mère est en train de lui échapper. La maman, Laura, lit Mrs Dalloway et prend conscience que le suicide pourrait mettre fin à son angoisse face à son quotidien qu'elle ressent comme insipide.
En 2001, Clarissa vit les derniers jours de son grand amour perdu atteint du Sida. Elle vit pourtant depuis 10 ans avec Sally, mais le souvenir de cet instant fugace d'intense bonheur partagé avec Richie l'empêche d'accueillir un présent qu'elle vit sans intensité.

Les heures qui passent tentent de sonder cet impénétrable mystère : la futilité de la vie qui finit par ressembler à une mort à force de superficialité et d'apparences.

Les trois femmes sont traversées par la même impuissance à accepter l'insoutenable légèreté de l'existence. Elles cherchent leur fuite.

Image
Virginia Woolf

Léonard Woolf, dévoré par l'inquiétude d'un suicide de son épouse Virginia, submergée par les voix intérieures, la cloître dans une très belle maison de banlieue à l'écart de la folie de Londres. Virginia revendique son autodétermination : "Je meurs [ici]. Je me débats toute seule, dans une obscurité profonde, et moi seule peux savoir, peux comprendre mon état. Tu vis avec la menace de ma disparition, Léonard. Je vis avec aussi. Je revendique mon droit à l'humanité. J'aurais souhaité être heureuse dans cette quiétude. Mais si le choix se pose entre cette quiétude et la mort, je choisis la mort."

Autre banlieue, autre époque. Laura Brown ignore pourquoi la vie familiale lui pèse tant. Incapable de réussir un gâteau, les routines lui pèsent et elle sombre peu à peu dans une dépression dont seul, imagine-t-elle, le suicide pourrait la sauver. Elle y renonce face aux cris de son garçon, mais elle s'échappe de cet espace-temps devenu insoutenable en abandonnant ses deux enfants : "parfois on se sent étrangère à tout et on se dit qu'on va se tuer. [...] ce serait formidable de dire qu'on regrette ce qu'on a fait, ce serait facile. Mais ça veut dire quoi de dire qu'on regrette quand on n'avait pas le choix ? C'était la mort... j'ai choisi la vie".

On retrouve le petit Richie la fin de sa vie. Richard est atteint du Sida et il pleure toujours sa mère disparue. Sa fidèle compagne de route Clarissa tente de combler ce vide par une présence maternante, mais elle ne pourra empêcher l'enfant abandonné de se soustraire à la douleur de la solitude intrinsèque.

Ce n'est pas tant la question des rapports de domination entre les genres qui sont à l'oeuvre ici. J'y trouve plutôt une tentative de réponse à la question : et lorsque l'intensité s'éteint, que reste-t-il ?